Une passe plus difficile

Si je me tais et que je n’envoie pas de Foliole, c’est que je dors sans arrêt. La chirurgie dentaire elle-même, mais surtout les médicaments qui l’ont suivie, m’ont complètement amortie (ce dont je n’ai pas du tout l’habitude!) en me tuant l’estomac et l’appétit et l’énergie. Je remonte tranquillement, lentement la pente. Là-dedans, je suis seule non pas comme une nouvelle mère célibataire (doublement vaccinée, yé!), mais comme une femme qui vit avec quelqu’un qui ne décolle pas, qui vit dans ma maison sans payer la moindre facture ni tondre un brin de gazon, fait ce qu’il veut, boit mon café et n’a pas la moindre humanité. Après près de vingt ans passés ensemble, cet homme-là n’a pas daigné me demander comment j’allais ni faire le moindre geste pour me soulager de la moindre obligation pendant ma convalescence (petit rappel, j’ai été son aidante naturelle pendant plus de deux ans jadis, ha! sans parler des finances dont je me suis toujours occupée!): tout ce qu’il a fait (à part s’inquiéter que je revienne seule de l’opération… dans son véhicule!), c’est bourrer nos enfants de malbouffe pendant une semaine en faisant sa vaisselle à lui et à peine la leur.

Je sais fort bien, et j’accepte de plus en plus sereinement le fait que tout change tout le temps. Il demeure étonnant que j’aie pu me retrouver avec une personne qui deux décennies plus tard se révèle parfaitement égoïste, égocentrique et lâche. J’en suis à plusieurs bilans, que j’analyse avant de lâcher prise. Or j’en conclus que je ne suis pourtant pas une imbécile. Seulement, je suis extraordinairement patiente (trop, on me l’a dit, merci). Indulgente. Respectueuse. Courageuse même devant l’improbable. Que je suis humaine, moi, et que je donne la chance aux humains que j’aime de faire leur bout de chemin en les appuyant autant que je le peux (et sans attendre de remerciement… parce que je comprends!). Que j’ai tellement d’imagination que je sais trouver de possibles bonnes intentions derrière des comportements pourtant (avec le recul, c’est évident) psychologiquement violents (des silences sur des semaines, ça n’est pas acceptable; qu’il cesse de manger si j’ose lui parler pendant un repas, qu’est-ce que c’est que ça? deux exemples en passant, parmi mille!) d’un adolescent qui n’a jamais fait le saut dans l’âge adulte. Quand on le dit comme ça, cet homme-là a raison: il était plus que temps de mettre fin à cette relation!

Ce que je dois apprendre maintenant… ne plus faire autant sans réciprocité (je pense même que je resterai pour un bout de temps une créature un peu plus dure à apprivoiser). M’occuper de moi-même, prendre soin de moi, comme tout le monde me dit de le faire, je le fais déjà pas si mal, finalement. Forcément: je n’ai eu ni sollicitude ni compliment depuis si longtemps que je m’en suis offert. À part ça, j’ai vraiment hâte de voir des gens (ici, de préférence, mais pour ça, le malaise énorme que ça présence cause et creuse doit partir!). Et de retrouver TOUTE la légèreté et TOUT le bonheur intrinsèques qui sont les miens et dont mes enfants ont le DROIT de profiter. Ça, ça m’appartient.

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2 réponses à Une passe plus difficile

  1. Martine dit :

    Ouf. C’est une constatation (sur soi comme sur l’autre) difficile et étourdissante à faire. Je le sais par expérience… J’espère que la situation s’améliorera très bientôt. C’est correct de ne plus être fine même si c’est dur. Ton réflexe de prendre soin de toi est le bon. Bon courage et prompt rétablissement. (Et gros câlin)

    • Helene dit :

      Wô, les câlins: as-tu eu ton vaccin? 😀

      Oui, ne plus être fine. L’affaire… c’est que j’ai besoin d’être moi (et moi chu fine, ça a l’air; j’ai jamais réalisé à quel point avant!), et il doit p-a-r-t-i-r. Je suis encore sur PAUSE, là, à cause de sa passivité stupide (quand on quitte, asti, on PART! pas mon problème, moi, ses finances ou ses autres bebittes ou son manque de réseau!) et ce manque de contrôle-là, à ce point-ci, m’enrage, c’est pas compliqué, M’ENRAGE. Assez, c’est assez, il me semble! *ouf*

      Je me remets. C’est lent pis j’aime pas cette lenteur-là, mais chaque jour je vais mieux, quand même (je parle de l’opération; la rupture est déjà en cours de digestion, forcément, puisqu’au fond ça fait presque un an que ça se trame).

      Et puis… regarde, Martine! J’ai blogué comme dans le temps, avec un truc personnel et tout et tout! 😀 Ça fait du bien, quand même! 🙂

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