Lâche pas

C’est ce que ma mère me dit chaque fois qu’on se parle. Ma réponse est toujours Ben non, pas le choix. Ben non, pas le choix: j’ai mes zous qui comptent sur moi, et le troupeau de félins et la meute de volaille (il m’arrive d’inverser des termes, faites-vous-en pas avec ça). Et c’est vrai. Mais ça n’empêche pas que ces jours-ci, je décourage. Je fatigue malgré le sommeil. Je me sens isolée (je le suis), mais je fais peu de gestes (que des courriels, en fait) et je développe tranquillement une petite phobie sociale, je le vois bien…

Je sais bien que, comme dit ma mère, je vais arriver à Noël en même temps que tout le monde, mais ce Noël-ci va être compliqué, puisqu’au lieu d’un conjoint, j’ai un père de mes enfants. Mais c’est pas ça. C’est la lourdeur de tout ce qui m’a été laissé sur le dos (un fardeau qui de toute façon était porté très inégalement, donc encore une fois je le sais, ce sont surtout des illusions que j’ai perdues). C’est la complication au moindre geste (seulement six vis à enlever pour changer la vitre du poêle à bois, oui, mais les vis sont dans la suie et la chaleur depuis des décennies et tellement prises en place qu’elles cassent mes mèches de tournevis neuves; l’aide demandée a ses propres problèmes et tarde, le sous-sol est donc trop froid et humide à mon goût d’humaine normale, etc.). C’est le fait que presque six mois après la rupture finale, je n’ai toujours pas accès à tout mon espace, loin de là. C’est la culpabilité démultipliée pour de bonnes et de moins bonnes raisons.

Le poids ne m’empêche pas d’avancer, mais ça se fait lentement, si lentement, et d’autres besoins s’accumulent en attendant. Mes enfants sont fantastiques (mes chats aussi!), mais ils ne comblent pas le besoin de l’humain adulte de communiquer avec un autre adulte, d’exprimer des émotions à qui peut comprendre, de juste bavarder de tout et de rien sans que ça vire en discussion de jouets ou d’émission de télé pour moins de 12 ans. Ils comblent le besoin d’être touchée, un peu, mais pas totalement, évidemment. Mais non, je ne lâche pas (pas le choix), et je ne lâcherai pas (pas le choix).

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