Ilménite

(Cet été j’ai peu voyagé [physiquement du moins], aussi je me permets de replonger dans certains de mes voyages préférés.)

Quand on arrive à Havre-Saint-Pierre… Comment, quand? Mais chaque fois qu’on le peut, pardi! C’est magnifique, Havre-Saint-Pierre! Il faut y aller et y retourner! (Mais éviter le terrain de camiping municipal si on aime la nature et la tranquillité et qu’on vit en sauvageonne heureuse!) Bref, quand on arrive à Havre-Saint-Pierre… mais il est vrai qu’on n’y arrive plus que volontairement, alors en chemin pour la basse Côte-Nord, vous faites le détour, d’accord? C’est à peine si c’en est un, puisque la route 138 qui n’y passe plus passe juste à côté (ce qui doit tout de même avoir amélioré la qualité de vie par là-bas!). Bon, alors, comme je disais (c’est bientôt fini vos interruptions, dites donc?):  quand on arrive à Havre-Saint-Pierre, on voit sur la droite une locomotive et une boîte. On y lit qu’on est encouragés à en prendre une. Une quoi? Une ilménite, bonyeu! (Non mais vous n’écoutez pas du tout ou quoi? C’est écrit dans le titre, et le titre il est en haut, alors on le lit d’abord!) Enfin, un échantillon d’ilménite. C’est la QIT Fer et Titane qui vous l’offre.

Alors de l’ilménite, mauvais élèves, c’est quoi?

Fer et titane
Sous les savanes
Du nickel et du cuivre
Et tout c’qui doit suivre
Capital et métal
Les millards et les parts
Nous avons la jeunesse
Et les bras pour bâtir
Nous avons le temps presse
Un travail à finir
Nous avons la promesse
Du plus brillant avenir

— Gilles Vigneault

Du fer et du titane. Vous savez, ces métaux qui partent aux États y être transformés pour qu’on les rachète ensuite mille fois le prix? Et savez-vous que Havre-Saint-Pierre n’avait pas de route la reliant à Sept-Îles et au reste du Québec avant 1976, mais que pourtant son titane s’est rendu sur la Lune? Cela faisait dire à feu Monsieur (car il faut dire Monsieur, et là c’est Monsieur Gilles Vigneault que je cite!) Roland Jomphe que sa ville était allée sur la Lune avant de pouvoir se rendre à Sept-Îles. Enfin, je paraphrase mal un poète immense que j’ai eu le grand privilège de voir et d’entendre, deux fois plutôt qu’une, quand il donnait encore son hebdomadaire Confidence des îles. Revenons-en à la mine. Vous ne la verrez pas (si, ici!), car elle se trouve à 43 km au nord-est de la ville, à laquelle elle est reliée par un train qu’empruntent les mineurs.

Cette mine contient le deuxième plus gros gisement d’ilménite au monde, après la mine Tellness en Norvège. Toutefois, en ce qui a trait à la production minière d’ilménite provenant de gisements rocheux, la mine Tio arrive au premier rang mondial. (Source)

Souvent au quai on voit le gros bateau de la compagnie. Si je ne m’abuse, la Tio a longtemps été la seule mine syndiquée du Québec.

Pourquoi je vous parle de l’ilménite? Ah… parce que ce morceau de minerai que vous voyez (et que, pour une raison encore inconnue, Tao a décidé de goûter…), je l’ai tiré de la fameuse boîte lors de mon tout premier voyage sur la Côte-Nord (ça devait être en 1998… je crois…), toute seule. J’ai vécu là des moments intensément émotifs, et j’ai ressenti pour la première fois ailleurs qu’ici que j’étais chez moi. Enfin. Vous me direz, comme une amie à l’époque, qu’il n’y a rien à voir sur la Côte-Nord. Très bien. N’y allez surtout pas. Et laissez-moi donc jouir seule (enfin, en famille, car mes hommes ont tout compris, eux) de ce joyau brut. Pas l’ilménite, mais le pays dont elle est sortie.

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