Ça ne pousse pas là, ça!

Découragement. Presque chaque matin, je ramasse les ordures (ou les matières recyclables…) d’autres humains, qui jonchent la nature. Styromousse, bouteilles, cannettes, emballages… je ramasse et je vais déposer dans une boîte à déchets plus loin sur mon chemin. Ça m’écoeure. Pas de ramasser, non: j’ai un sens de la responsabilité assez poussé merci, qui me dit que si j’ai vu un détritus, il m’appartient maintenant de le ramasser. Fermer les yeux et passer outre, ce n’est pas pour moi: il me semble d’ailleurs qu’on en serait pas là dans plusieurs domaines si la responsabilité collective était plus répandue (un exemple? Si je conduis et qu’un cycliste est engagé sur la route, mon véhicule est plus pesant et puissant que le sien, et sa vie (la préserver ou du moins ne pas y porter atteinte) devient ma responsabilité). Non, ramasser ne me dérange pas: après tout, les accidents arrivent, le vent peut emporter les matières résiduelles pourtant bien placées, je le comprends. Et si moi je fais des pieds et des mains pour retrouver le moindre résidu sorti à l’improviste de ma poche, je comprends que tous ne le verront pas tomber, etc. Les accidents arrivent, je le répète.

Mais quand on parle de six cannettes de bière vides dans un sous-bois, il n’y a pas d’accident là. Il y a stupidité humaine. Inconscience. Pur je-m’en-foutisme quant à l’environnement collectif. Oh, je veux bien croire à une cannette enterrée par un éberlué qui veut y voir pousser un arbre à Molson Dry (le Molsonia dryiatta), mais six? Non. Et je répète que je porte le tout vers des boîtes à déchets permanentes, donc offertes et ouvertes à tous, buveurs de sous-bois compris. (Il n’y a pas que des bouteilles et cannettes d’alcool que je trouve, je tiens à le mentionner).

Mon meilleur ami m’a dit qu’il a l’impression que les ruraux se fichent plus de ce genre de chose que les urbains. Ou en fait, qu’il perçoit, à tort ou à raison, qu’un urbain plongé en pleine campagne aurait plus de respect. Je dirais que c’est probablement parce que l’urbain plongé en pleine nature a fait l’effort pour s’y retrouver, et qu’il n’est donc pas un simple urbain, mais bien un urbain qui cherche quelque chose ailleurs, donc quelqu’un de probablement sensibilisé au départ. Parce que les urbains que j’observais jusqu’à l’an passé n’avaient pas plus de respect (oui, c’est peut-être moi qui ai forcé votre enfant à ramasser les papiers qu’il venait de laisser tomber devant moi sur le trottoir — je vais me gêner, vous pensez?).

Je n’ai pas de conclusion ici, ni de morale, ni rien. Je ne fais que partager mon découragement. Mettons les choses au plus simple (bon ça y est, la campagnarde tombe dans la morale…): si ça ne se biodégrade pas rapidement, vous le rapportez avec vous pour en disposer chez vous. Si vous ne savez pas si ça se biodégrade, rapportez chez vous. Si vous mettez le pied hors de la route, alors là, ne laissez que des empreintes, ne prenez que des photos. C’est pas pour me faire plaisir. C’est parce qu’une seule cannette de bière vide qui jonche le sol, c’est une tache sur la collectivité entière. Un seul idiot qui jette ses déchets au mauvais endroit, et on passe tous pour des cochons finis. La municipalité (considérée et étiquetée dévalorisée) cherche à attirer les touristes et à valoriser son territoire pour que les résidents en profitent, et il suffit de quelques pommes pour pourrir le baril. Garder notre environnement immédiat libre de déchets, ce n’est même pas un effort: il suffit de poursuivre le geste jusqu’à sa fin, de rapporter ce qu’on a apporté. Après tout, entre la chose et vous… c’est VOUS qui devriez avoir la possibilité de décider (j’en conclus aisément que mes laisseurs de bouteilles vides n’avaient même pas l’intellect… de la bouteille vide!).

(Et là vous lisez une fille qui ramasse et rapporte les crottes de son chien, oui, en pleine nature. C’est une question de respect.)

Pour marque-pages : Permaliens.

5 réponses à Ça ne pousse pas là, ça!

  1. Martine dit :

    Des ados qui boivent en cachette et ne veulent pas se faire coincer par les parents qui trouveraient les canettes au recyclage ou à la poubelle?

    Mais bon, les adultes sont souvent tout aussi pollueurs…

    • vieux bandit dit :

      Justement, je ne voudrais pas accuser « les jeunes » juste à cause de préjugés. D’ailleurs s’ils se rendent jusque-là, ce n’est pas à pied. On parle donc de gens d’au moins 14 ans, plus probablement 16. Même que s’ils doivent se cacher pour boire, ils ont dû se cacher pour acheter, ce qui voudrait dire être allés dans un autre village, et pour ça, minimum 14 ans (en scooter, mettons). Bref, comme n’importe quel adulte, ils ont les moyens intellectuels et physiques de rapporter leurs déchets. Et pour que les parents ne trouvent pas, on revient à ma solution des bacs qui sont déjà là! Jamais je croirai que les parents du village font le tour de tous les bacs à poubelle des environs! Aussi, non, rien ne permet de croire que ce sont des jeunes plutôt que des vieux…

  2. Manon dit :

    Moi je ne suis pas certaine entre urbain ou campagnard dans cette histoire… Ya pas un maudit McDo dans mon village. Le plus proche se trouve a près de 20km… Ben je trouve régulièrement des maudadines d’emballage de McDo et des verres de liqueurs McDo Dans mon chemin en cul de sac…

    Je doute que le gars des collectes sélective soit toujours aussi maladroit! Car dans ce cas, les emballage McDo ne serait pas sur-représentés…

    • vieux bandit dit :

      Ici le McDo est plutôt à 75 km, et je n’en vois pas de résidus. Par contre, le Tim Hortons le plus proche est… devant le McDo, et ça, j’en vois (et ramasse!) souvent!

      Pour ce qui est de la « grand route » (devant chez moi), je devine/soupçonne que les coupables sont des gens qui ne font que passer, qui ne pensent pas un seul instant au fait que des gens vivent ici (ce sont les mêmes qui vont à bien plus de 90 km/h et risquent un jour de nous tuer). Mais pour le reste, quasi impossible: on parle de rangs reculés, qui ne mènent nulle part.

  3. Ping :Récolte du printemps — Les campagnonades

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