L’eau qui court

L’autre jour, j’essayais de prendre en photo de l’eau en mouvement pour qu’en regardant la photo on puisse pratiquement entendre l’eau qui glougloute. C’est en le tentant que j’ai pris les deux premières photos.

Dans un courriel à l’ami Clément, je faisais remarquer que pour bien des gens, l’expression La vie est un long fleuve tranquille ne suscitera plus de la sérénité, mais de l’angoisse. L’eau qui coule, c’est un beau bruit dans une fontaine ou en camping près d’un cours d’eau, mais ce printemps, quand des gens parlent des vagues qui frappent le mur de leur cuisine, c’est autre chose. (Et il suffit de peu, relativement parlant, pour rester marqué; ma mère qui a eu et réglé un problème de toit il y a déjà longtemps est restée traumatisée par ce bruit d’eau qui coule; moi-même j’ai développé ce printemps une certaine… aquaphobie.)

De l’eau a coulé sous les ponts, dit-on parfois, mais elle coule parfois sur les ponts et les routes aussi! Apporter de l’eau au moulin témoigne d’une belle intention, mais quand on en a déjà trop, de l’eau… merci de vous abstenir. La goutte qui fait déborder le vase devient celle qui fait déborder le lac, céder la digue. Se retrouver le bec à l’eau, vous oseriez dire ça à une personne évacuée, vous? Ou, allez… jette-toi à l’eau? Ou il n’est pire eau que l’eau qui dort?

Je pense qu’on va devoir changer nos expressions et façons de parler. Et que c’est le moindre des changements que nous sommes forcés d’apporter. MAINTENANT. L’époque des choix est révolue. Il faut (excusez-la) nager ou couler.

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2 réponses à L’eau qui court

  1. Clément Laberge dit :

    En voyage à Coppenhague, hier, j’ai visité une exposition d’art contemporain dans l’ancienne citerne de la ville.

    L’exposition avait pour titre: «It’s not the end of the world».

    Pour l’occasion, ils avaient laissé entrer l’eau dans une partie de la vieille citerne, on devait donc enfiler des bottes de caoutchouc pour parcourir l’exposition, dans la quasi noirceur, au centre de laquelle, une salle de toilettes publiques, moderne, comme neuve, mais envahie par l’eau — décor familier, apocalyptique, là, devant nos yeux.

    Au fond de la pièce, au plus loin dans la citerne, un néon bleu: «it’s not the end of the world», et un rayon de soleil qui se faufile à travers le toit de la citerne et vient refléter dans l’eau.

    Toute une expérience.

    Pour en avoir un aperçu (même si les pieds au sec, dans la lumière, et sans échos, ce n’est pas pareil!):

    https://cisternerne.dk/en/

    • Campagnarde dit :

      Excellent: avant même de cliquer je me disais que ben non, ce sera pas la fin du monde… juste de l’humanité (et encore, telle qu’on la connaît… et qu’on en fait partie). T’en fais pas, j’ai une très bonne imagination (et tu es un fin descripteur): j’ai imaginé jusqu’à l’odeur (probablement pas celle de l’installation… mais celle qui viendra avec la crue des glaciers fondus et emportera nos détritus et artefacts).

      Je me demande ce que penseraient les Néerlandais de cette installation. De l’eau qui s’infiltre et monte partout… un cauchemar. (Au Québec il faudrait avoir des psys à la sortie!)

      J’aime beaucoup ce choix d’une salle de toilettes innondée. Beau symbole pour notre espèce imbécile, qui chie dans la substance sans laquelle elle ne peut vivre.

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