Hôtel Days Inn, 1005, rue Guy à Montréal

Vous avez participé à un gros projet annuel, pour la troisième année, pour un client. La fin du projet doit absolument se faire sur place, et votre client vous offre de payer l’hôtel et le souper si vous acceptez de vous déplacer. Jamais au grand jamais vous n’avez passé une nuit dans un hôtel de cette ville, dans laquelle vous avez vécu la majeure partie de votre vie (à votre grand dam), et vous êtes curieuse (ou curieux, hein, adaptez, messieurs, adaptez!). Et ce projet, c’est le vôtre: il faut le finir en beauté. Et puis tiens, vous en profiterez pour vous bourrer de café mocha à la menthe poivrée (vous n’avez aucune honte et n’hésitez même pas devant la quantité épouvantable de calories, sachant que le prochain Satrbucks est loin, loin devant) et de sushi (moins de calorie, mais autant de kilomètres à parcourir à partir de chez vous), et pour voir votre meilleur ami. Petit sac de vêtement et gros sac d’ordinateur portable remplis, vous prenez votre voiture et partez tôt. À votre arrivée dans la métropole, vous constatez que l’heure de pointe a ajouté plus de trente minutes au trajet, mais vous aviez bien prévu le coup. Ouf.

Ce soir-là, vous débarquez à l’hôtel. Enfin, vous vous y rendez en voiture, et c’est à quelques minutes du bureau de votre client et du stationnement où vous aviez laissé le véhicule. Or, surprise… c’est cette semaine-là que l’hôtel a choisi pour rénover stationnement et garage intérieur. On vous propose une solution qui consiste à utiliser un autre garage, situé… juste à côté du bureau de votre client. Refaire le trajet? Non. Vous optez pour le stationnement extérieur payant voisin de l’hôtel (où un employé fort sympathique tente de vous convaincre de rester une journée de plus, ce qui quand même vous fait un petit velours, car c’est votre premier flirt par un employé depuis que le clou d’une autre année a été enfoncé). À l’hôtel, on vous remet les clefs (enfin, les cartes…) de la chambre 304, avec vue imprenable sur un poste de police (où, le lendemain matin, vous verrez des gens s’activer sur le toit et refermerez bien vite le rideau!).

Votre chambre est grande, avec un très grand lit et un magnifique plancher de bois. Deux portes mitoyennes vers les chambres voisines. L’ordinateur fourni vous attire, mais il n’affiche qu’une seule ligne, demandant l’insertion de son disque système. Bah, vous dites-vous, je n’en ai pas besoin; aussi bien l’éteindre et ne plus y penser (plus tard vous découvrirez avec votre portable les huit réseaux sans fil non sécurisés de l’hôtel, même si la préposée à l’accueil avait affirmé que le réseau sans fil n’était accessible que du centre d’affaires). Ouf, il y a un réveil-matin. Pour le brancher, vous devez débrancher la cafetière, mais qu’à cela ne tienne. Vous allumez la télé (pour faire fonctionner la télécommande, vous avez dû retirer une croûte alimentaire qui bloquait le signal…) pour savoir l’heure pour programmer le machin. Votre dinosaure de deuxième télé à la maison a à peu près la même taille, mais côté réception, la comparaison est impossible. Il y a des décennies que vous n’avez pas vu autant de neige sur un écran. Enfin, vous programmez le réveil, et partez faire des courses. Alors que vous vous dirigez de nouveau vers l’hôtel, une averse éclate. Vous avez laissé votre imper dans la chambre, et êtes vite trempée (de nombreuses averses annoncées, c’est la seule dont vous avez été témoin, et elle a cessé tandis que l’ascenceur vous menait à votre chambre…).

À votre retour (après vous être changée et avoir accroché vos vêtements tant bien que mal, car si les cintres sont tous dotés de pinces pour les pantalons, pas un seul n’est doté de deux pinces qui… pincent), vous constatez que le gros truc qui prend le sixième de la grande fenêtre (toujours avec vue constabulaire, et impossible à ouvrir, ce que vous détestez particulièrement, vous qui dormez la fenêtre ouverte habituellement), un appareil de climatisation, fait un bruit infernal, puis un ronronnement profond, et reprend de plus belle. Et qu’il ne comporte aucun contrôle. Pas le moindre. Que de gros fils électriques que vous suivez jusque dans les murs mitoyens, car la finition de la chose a laissé à désirer. Vous constatez que l’appareil contient des cristaux de glace. En fait, une bonne épaisseur de neige en orne l’intérieur. À cause de cela, vous devez écouter la télé à un volume que jamais vous ne toléreriez chez vous (au moment de vous coucher, vous entendrez revenir vos voisins, et vous comprendrez que sans la climatisation, vous auriez participé à leur conversation).Vous tentez d’appeler votre douce moitié, mais vous suivez en vain les instructions du répertoire de l’hôtel pour les appels interrurbains. Puisque vous deviez aussi appeler votre mère, vous lui demandez d’appeler chez vous et de demander qu’on vous rappelle. Vous parcourez le répertoire, pour constater que le texte français qu’il contient est lamentable. (Comme votre profession vous permettrait de régler la situation, vous pensez brièvement à vous faire un nouveau client, mais au fond votre horaire est déjà chargé, merci.)

Vous prenez une douche. Vous trouvez par la même occasion une raison de vous réjouir de n’être pas moins costaude, car la pression d’eau vous aurait probablement autrement encastrée dans le mur opposé. Vous actionnez la chasse de la toilette. Cela démarre quelques minutes de claquements secs. Vous appelez le service aux chambres, ce que vous n’avez jamais fait de votre vie (et c’est pour cela que vous le faites). Vous parlez français. C’est une erreur. On vous baragouine d’attendre plize. Vous patientez un bon dix minutes. Quand un interlocuteur survient, vous n’hésitez plus, et vous commandez… en anglais. (Le repas que vous recevrez, servi par un employé charmant et bilingue, sera excellent, en passant.) Durant la soirée, vous sortez à quelques reprises, et constatez que les employés de la réception ne vous regardent pas la plupart du temps. Rassurant.

Le lendemain matin, un bruit vous éveille. On dirait… de l’eau? Vous ouvrez les yeux, mettez vos lunettes (vous êtes très myope, vous ne le saviez pas?)… et découvrez que vos oreilles ne vous ont pas trompée, et que si elles ont pu faire leur travail, c’est que le climatiseur s’est arrêté. Bien arrêté, car ce qui vous a réveillée, c’est la chute de la glace devenue eau sur le magnifique plancher de bois. Vous pouvez encore dormir plus d’une heure avant la sonnerie, aussi vous placez quelques serviettes sur et sous le dégât et vous replongez dans les draps (tiens, il fait maintenant plutôt chaud). Vous vous réveillez plus d’une heure plus tard pour constater que la sonnerie jamais n’est venue (ce n’est pas grave, car vous l’aviez prévue pour plus tard qu’il ne vous est habituel et avez donc ouvert les yeux sans aide. C’est d’autant mieux que les femmes de chambre cognent déjà aux portes pour servir de sonnerie paliative). Vous quittez l’endroit (en avertissant pour le dégât) en vous disant que c’est une chance que tout ce dont vous aviez vraiment besoin, au fond, c’était un lit. Et ça, vous l’avez eu. Vous vous dites aussi que ce soir-là, vous serez fort heureuse d’être chez vous, où tout n’est pas parfait, mais tout n’est pas non plus en décrépitude accélérée.

Pour marque-pages : Permaliens.

4 réponses à Hôtel Days Inn, 1005, rue Guy à Montréal

  1. Jean-Philippe Gariépy dit :

    Je m’attendais à un punch du genre « Et vous vous réveillez dans un lit qui est celui dans lequel vous avez l’habitude de dormir. Le soleil levant éclaire doucement votre chambre. Ce n’était qu’un mauvais rêve. »

  2. Martine dit :

    La ventilation des hôtels est presque toujours une horreur. Bleh.

    J’espère que le flirt était cute au moins. 😉

    • vieux bandit dit :

      J’ai davantage l’habitude des hôtels pas trop cher en région, voire des motels. J’y suis rarement aussi déçue!

      Le flirt, pas laid, mais un peu insistant. T’sais quand tu te demandes si c’est trop? C’est trop! 😉

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