Ce qui se cache

J’ai toujours été laissée à moi-même de temps en temps (y a aucune plainte là). J’avais ma clé de la maison à cinq-six ans et monsieur Michaud, qui me reconduisait en autobus au fond du rang, attendait de confirmer que j’étais bien entrée avant de finir sa journée (si j’ajoute le brave homme, ça vous confirmera que j’ai les pieds bien ancrés dans le siècle dernier, oui). J’avais ma clé de l’appartement ensuite et je rentrais généralement seule. Ma mère travaillait dans les centres jeunesse, et ensuite dans un foyer de groupe, et elle aimait les quarts de soir. Plus tard j’ai vécu seule à quelques reprises.

Et toujours, toujours, surtout le soir, au moment d’éteindre, j’avais une petite crainte, une frayeur sourde. Quelqu’un pouvait se cacher quelque part. (Oui bon si on y pense bien, cette personne-là va avoir des crampes et risque de s’endormir dans sa cachette [tsé, si t’es déjà entré, attaque au lieu de te cacher… m’enfin (ça, pis y a pas grand-chose à voler, chose!)], mais je ne vous décris pas une peur rationnelle, ici!)

J’ai eu la même espèce de crainte irrationnelle ici, que l’ex soit dans les parages ou qu’il soit ailleurs (je ne lui en ai jamais parlé). Je remontais l’escalier à la course parce que tout le sous-sol derrière est sombre pis-on-sait-jamais-ok-là. Ou que la nuit est noire, noire, noire. (Encore une fois, aucune cause à cette peur, aucune motivation réelle. C’est une peur de petite fille qui craint le sous-sol non fini, humide, où son père s’amuse à répétition à cacher dans son coffre à jouets une souris jouet qui la traumatise.)

Mais la petite peur sourde de toute une vie a disparu l’automne passé, quand l’ex est (enfin) parti. Sans que j’y pense, elle a disparu et n’est pas revenue. Envolée. Depuis deux ans, je sens que je laisse tomber des morceaux devenus inutiles (c’est faux: j’ai d’abord senti qu’on m’arrachait des éléments essentiels, mais le temps a fait son œuvre et m’a ouvert les yeux), que je mue, en quelque sorte. Y a des pertes qui alourdissent et d’autres qui allègent. Et je ne décide pas de tout, oh que non, mais me sentir plus légère, ça je veux bien.

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